Forum     S'enregistrer     Se connecter     Faq    


        

     AdoJeunZ -> Passions -> Arts, littérature, poésie et citations -> [Nouvelle] Gatt et Seolnal

Devenir membre !

Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas poster de réponses
[Nouvelle] Gatt et Seolnal
Auteur Message
Jin n/a
Avatar

Autorisation : Membre
Nb de messages : 1101
Posté le : Mer 28 Nov 2007, 0:53    

Cette nouvelle est un peu plus poétique et mystérieuse. L'ambiance est volontairement lente et pesante... Les prénoms pour le moins originaux sont judicieusement choisis en réalité. Ce sont des mots inspirés du coréen.


Qu’elle était belle cette ville sous les lumières orangées du crépuscule ! On la croirait en flammes ! Le soleil, fatigué par sa chaude journée, s’éteint dans de derniers éclats. Dans les rues, les marchands rentrent leurs étals dans les boutiques, certains ont même déjà commencé leurs comptes quotidiens avant d’aller retrouver leur femme et leurs enfants. On voit les lueurs des lampes de bureau à travers leurs vitrines opaque. Dehors, quelques retardataires empressés regagnent leurs nids douillets pour la nuit. La ville s’endort peu à peu dans une paix profonde. Dans les rues, on aperçoit la lumière des réverbères. On dirait qu’ils veulent rivaliser avec celle de la lune.
« Quels prétentieux ! » doit-elle se dire.

Pourtant ce soir-là, la lune était voilée, presque absente, comme si elle ne voulait pas se montrer.
On entend encore quelques aboiements dans les quartiers voisins. Puis bientôt, c’est le silence absolu.

Plus rien ne bouge aux alentours, la ville est déserte, comme inhabitée. Dans l’ombre d’une ruelle cependant, on discerne un mouvement. Puis un autre. Il y a un être vivant qui se cache dans l’obscurité ! Encore un retardataire ? La silhouette se déplace d’un pas lent vers l’avenue principale. Elle n’a pas l’air pressée, mais plutôt hésitante. Ses contours restent flous mais pourtant, elle dégage une aura étrange, intense… Lorsqu’elle passe sous la lumière faible et artificielle, la forme se matérialise et on aperçoit ses traits. C’est une jeune fille qui erre ainsi sur le trottoir propre de la ville. Une jeune fille à la peau particulièrement fine et pâle. Son visage de forme ronde est encadré par des cheveux noirs et argentés, courts et en bataille, type garçonne. Si elle n’avait pas eu sa grande boucle d’oreille d’argent pendant à son lobe et son ruban couleur métal autour du cou, on aurait presque pu la prendre pour un garçon d’ailleurs.
Sa tenue reflétait parfaitement sa silhouette : floue et sombre. Que faisait cette jeune fille seule dans la rue à cette heure ci, dans l’obscurité ?

L’inconnue se déplaçait lentement, complètement désorientée. Ses lèvres bougeaient en murmures inaudibles. Que cherchait-elle ? Elle se décida enfin pour une direction : celle du parc. C’était l’endroit idéal pour contempler la lune tranquillement, sans risque d’être dérangée. Elle poussa la grille qui s’ouvrit en un long hurlement crissant, entra silencieusement et se dirigea vers les balançoires. Quoi de plus reposant que d’être bercé par le balancement, tout en regardant la lune ?
Son regard changea soudain d’expression. Elle sembla revenir à la réalité. A l’étonnement et l’inquiétude succéda la curiosité : dans le parc, où même les jeux et tourniquets semblaient dormir, elle avait aperçu quelqu’un. Si les cordages d’une des balançoires n’avaient pas frissonné, elle ne l’aurait surement pas remarqué, tant l’être était immobile. Le regard dirigé vers le ciel, il paraissait se désaltérer de la fraîcheur de la nuit et de la douce lueur des étoiles. Il n’avait pas du tout l’air d’un mendiant, juste de quelqu’un de triste et solitaire. Se sentant observé, il se retourna.

Les deux personnages se dévisagèrent quelques instants, le jeune homme, assis sur sa balançoire, le visage tourné vers la fille étrange, debout à moins de deux mètres de lui. C’est le garçon qui brisa enfin le silence. Sa voix était douce comme une légère brise et le timbre était clair, quoiqu’un peu enroué :
« Bonsoir ! »

Pas de réponse, juste un mouvement. La jeune fille s’était déplacée pour s’assoir à côté de lui.

« Je m’appelle Seolnal », insista-t-il.

Un instant de silence. Puis Seolnal perçut enfin un murmure dans un long soupir :

« Ah… La lune est bien triste ce soir… » dit-elle, les yeux levés vers le ciel.
« C’est vrai », avoua le jeune garçon.

Encore du silence.

Malgré cette absence de bruit ou de communication, il se passait quelque chose d’extraordinaire, une sorte de connexion entre ces deux inconnus. Ils ne s’en rendaient pas encore compte. Seolnal, bien souvent agité par les déboires de sa vie, avait l’habitude de trouver la quiétude en ce lieu, la nuit, sous la voûte céleste. Un regard vers cette étrangère et ce même sentiment de sérénité l’envahissait. Elle était spéciale, aucune autre raison possible.

« Je m’appelle... Gatt. », susurra-t-elle.

Et il trouva que c’était le plus joli nom du monde.

***

Lorsqu’elle s’évanouit dans la ville, à l’aube de la journée qui commençait, Seolnal resta un long moment à fixer le dernier endroit où il l’avait vue. Cette fille, Gatt, n’était pas comme les autres. Il y avait tant de mystères chez cette femme-enfant que cela la rendait encore plus attirante.
Chaque soir, ils se retrouvaient là, sur cette balançoire, dès l’obscurité tombée. C’était toujours aussi mystérieux à chaque fois, et peut être que c’était la raison pour laquelle il revenait toujours. Ils passaient la nuit là, dans ce parc, à admirer la lune et les étoiles, à profiter du silence offert par la ville.
Elle n’était pas très causante, Gatt, la plupart des mots qui sortaient de sa bouche faisaient l’éloge de la lune et de son royaume sombre, mais si paisible. Ou alors, les phrases n’avaient aucun sens pour lui.
Il aurait voulu que le temps ne s’arrête jamais, que la nuit ne soit plus ignorée, plus fuie mais aimée, admirée, magnifiée… Qu’elle ne soit plus le symbole de violence ou d’horreur, mais qu’elle devienne au contraire symbole de quiétude et de beauté.
Gatt semblait adhérer à cette idée. Son teint pâle et fragile donnait l’impression qu’elle n’avait jamais rencontré le Soleil. Mais qui était-elle, enfin ?
Malgré toutes ces questions, il n’avait pas de réponses. Il ne lutta pas, mais profita plutôt du temps passé auprès d’elle.

Un soir, elle ne vint pas. Il passa de l’impatience à la déception. Puis de la déception à l’inquiétude. Et enfin de l’inquiétude au désespoir. Il l’attendit toute la nuit. En vain.
Il l’attendit aussi la nuit suivante, et puis celle d’après… Mais elle ne se montra pas. Il sentait son cœur se serrer au fur et à mesure que le temps s’écoulait.
Seolnal ne mangeait plus, ne trouvait plus le repos…
Une nuit qu’il errait dans le parc avec de minces espoirs, il vit une silhouette. C’était elle, il en était sûr.
Les bras ballants, la tête baissée vers le sol sablonneux, Gatt ne le vit pas accourir vers elle. Seolnal la serra dans ses bras et Gatt se laissa faire, toujours dans cette même posture. Lorsqu’il la libéra, il réalisa que quelque chose était différent. De son visage baissé, on ne voyait que de fines trainées argentées : elle pleurait.

« Gatt… mais qu’est ce que … ? »
« Je m’en vais, Seolnal… pour toujours… », le coupa-t-elle en lui prenant les mains.
« Mais… je ne compr… »
« Adieu ! » s’écria-t-elle avant de s’enfuir en courant.

Il ne tenta pas de la rattraper. Il resta là, sur place, encore sous le choc… avant de se rendre compte qu’il tenait quelque chose dans sa main : un ruban de couleur argent.
Un flash dans sa tête le fit revoir le visage de Gatt, ce même ruban noué en ras-le-cou. Il joua avec la bande argentée et découvrit une inscription à peine perceptible sur le revers du tissu, en caractères étoilés : I’LL BE WATCHING OVER YOU.

« Je veille sur toi ».
Gatt…. Gatten, comme la divinité représentant l’une des quatre planètes : la lune. Heureux et triste à la fois, il sentit les larmes se former et couler le long de ses joues. Il avait compris.

***

« Grand père, qu’est ce que c’est que ce ruban que tu gardes toujours près de toi ? »
Seolnal détourna les yeux du ciel étoilé et amena son regard vers l’enfant.
« Ah… ça, c’est un cadeau… tu n’es pas encore couché, Aki ? »
« Je ne trouve pas le sommeil. Maman me manque tellement… »

Silence.

« On m’a dit un jour que lorsqu’on meurt, on devient une étoile dans le ciel. C’est vrai, ça, Grand Père ? »
« Oui, c’est ce que je crois… »

Aki demeura silencieux un instant après avoir rejoint son grand père à la fenêtre de sa chambre.
«La lune est très belle ce soir. Tu la regardes souvent, Grand Père ? »
« Très souvent. Elle m’apaise. Rappelles t’en, Aki, si un jour tu te sens triste, prends le temps de la regarder, elle te redonnera courage sans même avoir besoin de dire un mot. »
« Oui, Grand Père. »

Lorsque l’enfant fut endormi, Seolnal retourna péniblement vers la fenêtre. Il avait beau être âgé et fatigué, il avait eu une vie remplie et heureuse. Depuis qu’il avait posé les yeux sur ce ruban. Depuis que la lune avait brillé de nouveau…
Il s’allongea avec difficulté sur son lit.

« Merci,Gatt… », murmura-t-il.
Et il ferma les yeux.

« Grand Père ? » fit la voix du jeune Aki à l’aube du matin suivant.
Il n’eut pas de réponse. Il entra dans la chambre, elle était vide. Le lit était parfaitement fait. Aucun détail ne laissait transparaître quoi que ce soit d’anormal. Si ce n’est peut être une enveloppe posée sur la table de nuit. Une enveloppe adressée à Aki. Il s’en saisit, l’ouvrit… et en retira un long ruban argenté.

***

La nuit suivante, Aki était à la fenêtre. Triste et inquiet, il contempla la lune, comme son grand père le lui avait conseillé. Il ne remarqua pas tout de suite qu’un point lumineux qu’il n’avait jamais vu avant était apparu tout proche d’elle. Lorsqu’il l’aperçut, l’étoile scintilla.

Les larmes perlèrent au coin de ses yeux… Et il sourit.
 Utilisateur hors ligne Envoyer un message privé Haut de page Bas de page 
 
Jin n/a
Avatar

Autorisation : Membre
Nb de messages : 1101
Posté le : Sam 31 Mai 2008, 18:41    

C'est, je crois, ma préférée ...
 Utilisateur hors ligne Envoyer un message privé Haut de page Bas de page 
 
Kakashi-Raïkiri Féminin
Hey monkey, get funky !

Avatar

Autorisation : Membre
Nb de messages : 20041
Posté le : Dim 01 Jui 2008, 10:34    

Merveilleuse histoire. Vraiment j'aime énormément celle ci happy.gif
 Utilisateur hors ligne Envoyer un message privé Haut de page Bas de page 
 
Naley Féminin
People always leave ...

Avatar

Autorisation : Membre
Nb de messages : 3780
Posté le : Mar 03 Jui 2008, 21:36    

Je sais pas si j'ai tout compris avec la fille. Elle est la lune où elle est morte?
Pour le gars j'ai compris mais elle je bloque moodforlove.gif

Sinon j'aime beaucoup happy.gif
 Utilisateur hors ligne Envoyer un message privé Haut de page Bas de page 
 
Jin n/a
Avatar

Autorisation : Membre
Nb de messages : 1101
Posté le : Mar 03 Jui 2008, 22:43    

Dans mon idée, c'était une sorte de personnification de la Lune, ou alors on peut la voir comme une partie de la Lune incarnée en elle ...
A la fin, elle retourne dans son élément, elle retourne à ses origines...
Ca se veut poétique et énigmatique en même temps, moins j'en dis, plus on peut imaginer ce qu'on veut.
Qui elle est, ce n'est pas clairement dit: On sait juste qu'elle a un fort lien avec la Lune.
J'aime bien ce genre de poésie. C'est pas terre à terre...

Pas comme d'autres nouvelles que j'ai pu écrire qui aurait pu arriver dans la vie à n'importe qui.
 Utilisateur hors ligne Envoyer un message privé Haut de page Bas de page 
 
Naley Féminin
People always leave ...

Avatar

Autorisation : Membre
Nb de messages : 3780
Posté le : Mer 04 Jui 2008, 10:24    

C'est bien ce que j'avais compris alors, ce lien avec la Lune happy.gif
Mici
 Utilisateur hors ligne Envoyer un message privé Haut de page Bas de page 
 
Vous ne pouvez pas poster de réponses

     AdoJeunZ -> Passions -> Arts, littérature, poésie et citations -> [Nouvelle] Gatt et Seolnal


  Procès-Verbal de Dépôt
Mentions légales et copyright, notre charte.

Tous les logos et marques sont des Propriétés respectives.
Tout copie entiere ou partielle de ce site peuvent faire l'objet de poursuite judiciaire.
Les propos tenus sont de la responsabilité de leurs auteurs.


Thème basé sur un skin dgfX FSB : Merci à Nérévare
Powered by Fire-Soft-Board v1.0.9 © 2004 - 2008 Groupe FSB

Liens :
Plan du Forum - Sapeurs pompiers - ActuDZ - Moto 50cc - Forum moto 50cc - Recette-dessert.com


Nous contacter / Devenir partenaire !